No Body Else ... de retour le Los Angeles

Nuit belge du 26 au 27/9/2009.De retour de L.A. Faisons le point.

Nous rentrons d’une semaine de travail intense, émouvante.
Notre dramaturgie se précise.
Nous avons rencontré des gens passionnés et touchants.
Un article important et en français sur Marilyn et ses fans est sorti dans la revue Première, Greg, président du Fan Club y est cité, sa démarche est expliquée.
Nous découvrons que tout le système commercial autour de Marilyn entretenu par des opposants au club de L.A. nuit encore aujourd’hui à la mémoire de notre nouvelle amie. La pauvre se fait encore vampiriser par ceux qui veulent se faire de l’argent sur le dos de sa mort et de son génie. Faux musée exposant des objets qui lui auraient appartenus, profits pour certains par la perception de droits photographiques et autres. Nous prenons position : pas de tee-shirt à l’effigie de M.M., pas de démarche qui entretiendrait l’image un peu ordinaire d’une fille sexy, légère et conne. Pas d’imitation de ce que nous pourrions réduire à des effets de gestuelle. Ne pas entrer dans la robe que tout le monde connaît et reconnaît. A L.A. nous ne filmons rien de ce qui serait abusif, grossier, cliché. Ni reproduction, ni portrait sur les murs de la ville. Nous aurions pu presque rencontrer le médecin responsable de l’autopsie du corps de la star. Il a expliqué au fan club que sa mort était conséquente d’une injection et pas de prise orale de médicaments. Quelqu’un a bien fait cette injection ! Cette information n’est pourtant pas celle qui est publiée dans la presse. Beaucoup de mystères et de mensonges accablent et troublent sa carrière et sa vie. Nous ne voulons en rien chercher ou nous raccrocher à la vérité. Nous ne sommes pas là pour prouver quoi que ce soit. Nous suivons ses traces, nous écoutons son histoire. L’histoire d’un ange. Un ange écorché, blessé. Un ange déçu. Un ange n’est pas vulgaire. Un ange flotte. Un ange rit de ce qui est trivial. Un ange porte l’amour. Un ange aux ailes arrachées qui saigne.
Nous ne voulons pas représenter Marilyn. Nous ne voulons pas l’enfermer dans un nouveau carcan, une nouvelle imagerie. Ce sera pour Marilyn comme pour les personnages de théâtre qui émanent de l’être de l’auteur. Comme quand nous montons Shakespeare, nous allons jouer, faire jouer une mise sur la scène. Nous misons Marilyn et France qui est vraiment là et qui possède avec elle les points communs d’être une actrice et d’aimer le théâtre, France va nous faire jouer la mise de Marilyn. Nous y reviendrons.

Nous avons exposé notre dramaturgie au fan-club et celui-ci nous donne son soutien. France les a tous fait craquer et recueille leur adhésion ainsi que …la bénédiction du « patron » ! Reste à voir comment nous allons faire pour aller jouer là-bas ? Ce serait bien. Ce n’est pas le plus important.


Le film :
J’ai filmé.
Nous avons décidé de centrer notre attention sur l’expérience de l’espace.
La ville. La ville où elle est née, où elle a vécu et travaillé, en très grande partie.
La ville où nous sommes allées vivre une semaine de notre vie.
Pas de scénario, pas de mimétique.
France se place en condition de…et si on allait là où elle est allée.
Ne laissons-nous pas dans la traversée des espaces une petite part de nous-mêmes ? Ne sommes-nous pas un peu aussi l’espace ?
N’est-ce pas finalement, la meilleure manière de la rencontrer.
Nous n’avons jamais voulu reprendre un plan.
Refaire une PRISE. Une « prise »- quel mot !
Nous ne prenons rien, nous donnons.
Nous marchons, nous nous taisons et je filme.
Notre cadre reconnaît la réalité des fictions de là-bas.
France honore notre amie de ses cheveux décolorés avec amour avant de partir ainsi que de ses robes offertes à une féminité partagée. Quelques adresses sont choisies par Michael, et nous nous y rendons chaque fois avec cette même émotion, cette sensation de nous glisser entre ses pas.
Aucune maison ne nous est ouverte. La propriétaire la plus violente est celle de la dernière maison, là où M.M est morte. Nous ne prendrons aucune image de cette maison. Nous sommes menacés. Nous en concluons que sa vraie maison est celle de Greg, là où sont ses affaires, soigneusement rangées.
Les seules images d’intérieur seront donc chez Greg.
Beaucoup de paroles.
La langue de l’Amérique chante.
Les robes se déplient.
Les boîtes anciennes s’ouvrent et le papier de soie se chiffonne.
Nous pensons à Christine.
Elles valent des fortunes ces robes, se sont les trésors de Greg.
Il ne les vendra jamais.
Finalement, il sort le manteau.
Pas un costume de film, son manteau à elle.
Son vrai manteau de castor à la doublure en soie rouge.
Une merveille.
Il y emballe France.
Notre actrice blonde et belge se fond dans la blondeur de la fourrure.
Elle se regarde dans le miroir comme il se doit.
Avec juste assez d’amour de soi pour oser se lover dans le manteau de la star. Juste ce qu’il faut. Rien de trop.
France a 12 ans, 20 ans, trente et quelques ans…
Des petites étoiles sortent de ses yeux bleus comme les siens à Elle et les siens à lui Greg. Et Greg est « aux anges » et nous grimpons avec lui.
Elle est là dans la mémoire.
La soie rouge du manteau couleur du temps.
Comme dans les contes.
La mémoire du cinéma, de tous ceux qui l’ont aimée.
Elle était si attentionnée pour ceux qui l’aimaient.
La petite fille de l’orphelinat, était en fusion avec ses admirateurs.
Elle s’est donnée.
Donnée à l’Amérique et donnée au monde.
La caméra glisse sur les mains de Greg, le corps de France, les photos qui tapissent la maison, les tissus précieux, anciens.
Mon souffle est court.
Je suis émue. La caméra tremble.
J’espère que mes images s’impriment.
Je sens que je fais du théâtre.
Regarder. Prendre un point de vue. Attendre.
Se nourrir de la vie.
Donner et attendre que ce qui est beau nous saute au visage et nous explose les rétines.
Comme au cinéma : il y a révélation par le regard.
Contre jour. Je ne connais pas encore bien ma caméra.
J’ai un peu peur.
Je me dis : ce sont des caresses. On ne peut pas avoir peur de caresses.
L’objectif caresse un monde assemblé ici aujourd’hui pour un temps passé qui résonne dans un présent tué de demain.
Je sens très bien que je suis à la fois hors de ce monde et dedans.
Voilà ce que je fais : du théâtre.
Et cette fois j’ai ce petit témoin rouge, cette petite caméra qui travaille pour moi et avale les instants que je crée.
Dans cette sincérité de l’instant tout est si juste.
Nous sommes lundi et vendredi on part.
Après, nous monterons, nous montrerons, ces images sur un texte.
Je veux demander conseil à Nadia.
Une lettre écrite à Marilyn.
Elle sera traduite en anglais de là-bas.
Qu’elle nous comprenne bien.
Chère Marilyn.
Et ce sera une étape de notre création.
Merci à Sophie*, Pina*, Wajdi*, William* et les autres amis de l’Infini *pour les conseils esthétiques et techniques.

*Calle, Bausch, Mouawad, Shakespeare, … et autres un peu moins connus.


La nuit du 27 au 28
Le retour sur terre n’est pas facile.
Je crois que j’ai changé là-bas.
J’y ai aussi écrit un dossier, important.
Un symbole important pour dire que quelque chose va changer.
A force de rêver aux anges on perd la mesure des choses.
Mon actrice, la vraie, celle qui vit, manque déjà à mes constructions.
Et toujours ces virgules que je ne sais plus du tout où placer.
Il faut d’urgence continuer à écrire tout ce que nous avons pensé, trouvé, construit, choisi, dit, filmé, pleuré.
Pour Christine, Jean-Luc, Laurette, Xavier et Vincent….

No Body Else (dramaturgie)
Pas le corps d’un autre.
Le nom d’un autre. Les mots d’un autre. Le vêtement d’un autre. Le maquillage d’un autre. L’histoire d’un autre mais pas le corps. Entre fiction et réalité le corps de l’acteur est mis en tension. Nous n’avons qu’un corps, jusqu’à preuve du contraire. Et même si la science arrivait à nous en fournir un nouveau complet, je pense que celui dont on se débarrasserait, l’ancien, resterait le seul malgré tout, non ?
Le jeu fait vivre une usure exponentielle à ce corps bien réel ; seul lien du temps entre le politique, l’art, le social et le désir. On ne peut pas changer de corps, on peut seulement changer le nom du corps. On ne pourra définitivement pas se mettre dans « la peau » du personnage ». On peut simplement être appelé autrement. Ou s’appeler autrement. Ou appeler autrement.

Marilyn Monroe, la star de Hollywood a changé de nom. Il y avait Norma Jane Becker, la petite fille de l’orphelinat. Il y aura, Zelda Zonk, la femme ordinaire cachée derrière des lunettes noires, coiffée d’une perruque brune et d’un chapeau, qui ira à New York se perdre dans les auditoires de l’Acteur Studio.

Elle se multiplie en elle même. La femme fatale, se cache toujours un peu pour laisser apparaître la petite fille timide et transparente. Elle est au moins triple. Elle est divine. A travers tous ses rôles, ses efforts pour devenir une actrice au talent reconnu, ses amours si difficiles, son corps impertinent prend le dessus !

Quand le moral lui manque, elle se fait des séances photographiques, elle se fait « tirer » en photo et alors son mental réincarne ses formes, son enveloppe. Elle est ivre et réconfortée. La fille sur l’image, c’est peut-être bien elle. Mais, le temps du clic et le souffle du photographe ravivent son réel. Le « clic » du photographe la situe en elle, dans l’espace conditionné par le point de vue de l’objectif. L’œil du photographe cautionne son existence. Le temps de la photo la détache de l’image. La libère dans l’espace. La lâche dans le vide. La heurte. Saisie, le clic claque sur sa chair.
Elle semble porter sa propre lumière. Dès ses débuts parmi un groupe d’actrices ou de modèles on reconnaît sa présence lumineuse franche et légère. La photographie la replace en elle même, lui donne une vraie place.

Son poids est instable, ses rondeurs s’accusent ou disparaissent. Elle mange parfois trop de viande et de gâteau au chocolat. Billy dit pourtant que sa chair adhère si bien à l’écran qu’on pense pouvoir la toucher et qu’il s’agit bien là d’un miracle cinématographique. Ce corps sculpté dans des tenues monochromes, sublimé par le jeu, s’impose comme une évidence. Un jeu moderne, physique, dansé. Une voix juste. Un jeu qui vient des tripes mais qui peut aussi se saisir de la distance. Un rythme étonnant et même une dimension critique, le clin d’œil qui dit tout.

Nous suivons ses traces, nous écoutons son histoire. L’histoire d’un ange. Un ange écorché, blessé. Un ange déçu. Un ange ne peut pas être vulgaire. Un ange flotte. Un ange rit de ce qui est trivial. Un ange porte l’amour. Un ange aux ailes arrachées qui saigne de son sang de femme. Qui se vide. Qui est seul.

Beaucoup de solitude ; la femme publique aux milliers d’admirateurs passait des heures au téléphone, des heures chez son psychanalyste, des heures avec sa coiffeuse.

Polie, rabotée, creusée, modelée, travaillée, pétrie, peinte, ses cheveux de plus en plus platines, elle a besoin de plus en plus de temps pour se préparer. Décapée, la peau blanchie au blanc de clown, cousue dans sa robe, arrogante et tellement fraîche, naturellement sophistiquée, tellement elle-même. Trop absolue. Abandonnée à ses secousses, amusées par l’effet produit par ses compositions gestuelles et vestimentaires, elle fait chavirer tous les mâles et périr d’envie tout ce qui vit. Elle en est morte.

Nous ne voulons pas représenter Marilyn. Mieux, nous ne pouvons pas représenter Marilyn. Nous ne voulons pas l’enfermer dans un nouveau carcan, une éternelle imagerie. Il en va pour Marilyn comme pour les personnages de théâtre qui émanent de l’être d’un auteur : nous voulons l’intégrité.

Quand nous montons Shakespeare, nous découvrons la pièce comme si jamais personne ne l’avait lue. Nous découvrons le personnage et nous lui rendons toutes ses chances de dialectique avec l’œuvre. Toutes ses permissions de subversions. Nous allons donc découvrir M.M. et puis jouer, faire jouer une mise sur la scène. Nous misons Marilyn. France qui est vraiment là se laisse traverser par une mémoire.

Elles partagent des points communs : être actrice, aimer le théâtre, désirer le cinéma, inspirer l’amour, avoir des yeux bleus, avoir « oe »dans le nom (Bastoen Monroe), une grand mère qui habite en bord de mer, le goût pour les accessoires de mode, la taille (165 cm), le chant, la danse et tout ce que nous n’écrirons pas.

France va nous faire jouer la mise de Marilyn. Faisons-lui confiance. Pas trop de paroles. Corps chantant, souffrant, soufflant, voix du corps et souffle. Et ensemble, on va lui donner Juliette dont elle avait tellement rêvé et on va aussi lui donner Macha dont France rêve parfois. Autant de fois qu’elle le désire, elle pourra appeler Sylvia- la coiffeuse de madame- et chasser Paula- son professeur d’art dramatique- qui hante de sa silhouette sombre tous les lieux de ses jeux.
Libérons La. Cherchons tous les espaces d’intersection entre elle et nous et laissons La venir. Qu’elle joue sur scène, sur notre scène !
Invitons une mémoire fraîche de Marilyn.